Extraits du Marchand de secrets

Incipit : « Elle avait un regard assez profond pour s’y perdre à jamais. »

« Oubliant la tâche qui devait être la mienne, je m’asseyais sur son lit sans un bruit. Je la regardais dormir comme certains contemplent un coucher de soleil ou le ciel constellé des nuits d’été. Je la trouvais belle, infiniment fragile, comme une poupée en porcelaine. »

« (…) contrairement aux autres détenus, je n’étais pas torturé. Au contraire, m’étaient offerts mets de choix, grands vins et succubes concupiscentes. Nul doute que l’on avait souhaité m’isoler et me conserver. Mais pourquoi ? Le diable est un piètre philanthrope. J’osais le soupçonner d’être intéressé par un de mes larcins, mais je ne voyais pas lequel. Quel secret pouvait intéresser Le Diable ? »

Presque contre elle, je me laissais doucement bercer par ses délicieuses fragrances et me remémorais des poèmes louant la beauté des femmes. Mes lèvres brûlaient de lui murmurer : « Comme d’autres esprits voguent sur la musique, le mien – ô mon amour ! – nage sur ton parfum. »[1]

« Je venais de prononcer l’imprononçable : mes secrets les plus précieux, échangés il y a une éternité avec un ange qui désirait savoir ce qu’était le libre-arbitre. M’avait-il entendu le trahir ? (…) Si l’Ordre apprenait ce que je venais de faire, il me démembrerait ou peut-être pire. Il fallait que je mette un terme à ma mission au plus vite. »

[1] Charles Baudelaire (La chevelure, les Fleurs du Mal)


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