Entretien avec François Zenone

Il y a quelques jours, j’ai eu la chance de rencontrer François Zenone, auteur de recueils de poèmes et de livres d’artiste. Celui-ci m’a fait l’honneur de m’accorder une interview dont l’essentiel est restranscrit ci-dessous.

PB : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

FZ : Il n’est pas évident de se présenter. Disons simplement que j’écris des poèmes, des critiques et des catalogues sur la peinture.

J’ai cru comprendre que vous aviez fait des études de lettres modernes et de philosophie. Était-ce pour devenir enseignant ?

Au départ, je voulais être conservateur des bibliothèques. J’ai entamé un doctorat puis j’ai tout arrêté pour écrire. J’ai quand même enseigné le français et la culture générale dans des classes supérieures. J’ai aussi travaillé dans des galeries. J’aime beaucoup la peinture.

D’où vient votre goût pour la poésie ? À quel moment avez-vous pris conscience d’être poète ?

J’ai lu de la poésie très tôt. À l’adolescence, des poètes comme Rimbaud et Artaud me fascinaient. Mon père était un grand lecteur ; il m’a fait découvrir les surréalistes : Breton, Péret, Desnos… Ces lectures ont, je pense, été déterminantes.

Ensuite, je ne sais pas si j’ai vraiment conscience d’être poète. Je n’aime pas me présenter comme « poète ».

Dans « Le Ressassement » vous écrivez : « depuis longtemps, je ne cherche plus mes phrases, elles surgissent ou non de nulle part ». Pouvez-vous nous en dire plus sur votre processus de création ?

La création est un hasard. Je saisis des choses d’écriture dans ce que je vois. Cela peut partir d’un mot, d’une image ou d’une situation.

Si je vous suis bien, vous ne vous forcez pas à écrire. C’est un instant que vous avez vécu qui prolifère dans un poème.

Oui, mais ce ne sont pas des poèmes spontanés. Ce n’est pas de l’écriture automatique. C’est très pensé.

Quel est votre rythme d’écriture ?

Je ne peux pas dire. Autant, je peux écrire deux ou trois livres d’affilée. Autant, je peux passer cinq ans sans rien sortir. Je jette beaucoup !

Combien de temps vous demande l’écriture d’un poème ?

Je n’écris pas de poèmes à l’unité. J’écris des suites de textes qui ont une unité.

Le silence et l’épure semblent traverser votre œuvre. D’ailleurs, un de vos éditeurs, Fissile, vous décrit comme « un auteur discret, rare, d’une poésie tendue par son silence même ». Dans votre recueil Une phrase, vous étirez l’espace entre les mots. Est-ce une manière de faire parler les silences ?

J’étire l’espace entre les mots… Tout d’abord, parce que le visuel a son importance. Mes mots doivent être posés sur la page d’une certaine manière. Ensuite, l’espace entre les mots peut être lié à une respiration, à un rythme. Mais, le blanc entre les mots n’est pas forcément un silence ou une pause. Cela peut être une accélération par exemple.

Vos poèmes sont effectivement très visuels. Peut-être est-ce en raison de votre goût pour la peinture ?

C’est possible ! Je vois le blanc de la page comme une matière à travailler. Peut-être suis-je un peintre refoulé ?

Vos poèmes sont-ils une « charade à élucider » ?

C’est amusant, vous reprenez une expression que j’ai utilisée dans « L’embêtement blanc ». Ce texte est né d’un souvenir d’enfance particulièrement marquant. La poésie m’a permis de trouver un sens à ce souvenir.

Mais, je ne vais pas vous expliquer ce que j’ai élucidé. Chacun y voit ce qu’il veut.

D’ailleurs, l’intérêt de la poésie n’est pas d’expliciter les choses aux autres. Lorsque l’on donne la traduction d’un poème, on le raplatit.

Quels sont vos prochains projets d’écriture ?

Je songe à faire un livre d’artiste. Je me chargerai du texte et un ami s’occupera des peintures.

Mais, réaliser un livre d’artiste réussi est un exercice périlleux. Qui illustre l’autre ? L’idéal est que la création soit concomitante ou contiguë. Comme dirait le peintre Jean Capdeville « toi tu joues de la musique et moi je danse ».

Selon vous, quel est le rôle de la poésie dans le monde d’aujourd’hui ?

La poésie est une parole perdue… La poésie n’est pas assez entendue. Mais, elle a encore une place aujourd’hui. Heureusement.

Merci pour vos réponses. Avant de nous quitter, je vous propose un petit portrait chinois.

Si vous étiez une ville, vous seriez : Lisbonne.

Si vous étiez un végétal, vous seriez :  un arbre.

Si vous étiez un liquide, vous seriez : du vin, évidemment !

Si vous étiez un objet, vous seriez : une table.

Si vous étiez un chiffre, vous seriez : un chiffre impair, sûrement le 7.

Si vous étiez un moment, vous seriez : l’enfance.

Si vous étiez un instrument de musique, vous seriez : le piano.

Si vous étiez un poème, vous seriez : une fable de Jean de La Fontaine. En vieillissant, j’aime de plus en plus Jean de La Fontaine. C’est la langue française dans toute sa splendeur !

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